• Moron - Cayo Coco : 76 kmAujourd'hui, c'est journée plage ! Je prends la route du Cayo Coco. La particularité de cet îlot est qu'il est relié à la terre ferme par une digue artificielle de 26 km de long. Et évidemment, sur ces 26 km, j'ai un vent puissant de face. La plage, ça se mérite ! Mais là c'est vraiment incroyable la force du vent. J'ai peur qu'une rafale me propulse à l'eau tellement que ça souffle ! Et puis je me fatigue rapidement, la journée va certes être courte mais ça n'empêche qu'elle sera quand même éprouvante !

    Moron - Cayo Coco : 76 kmA l'arrivée sur l'îlot je suis à bout de force. Je fais une halte dans un petit bar. Je commande une eau de coco pour me désaltérer. C'est un avant goût de l'après-midi farniente qui m'attend à la plage ! Je reprends ma route, armée de patience et de toutes mes forces pour braver le vent. Le serveur du petit bar m'a indiqué sur la carte un endroit sympa pour rester sur l'îlot, une centre écologique qui loue des cabanas. Je compte y laisser mes affaires avant de partir en vélo à la plage, situé à 3 km.

    Moron - Cayo Coco : 76 kmJ'arrive au petit village écolo et en effet c'est très mignon. Dans la cabane, j'ai deux grands lits pour moi toute seule. Grâce à deux panneaux solaires, j'ai également l'eau chaude et l'électricité. Autour des cabanas c'est une vraie basse-cour : canards, cochons, chevaux se promènent en semi-liberté. Il y a même... un crocodile ! Mais lui n'est pas en liberté du tout, il se dore au soleil dans une mare encagée. Je vérifie le verrou, on ne sait jamais...

    Ceci étant fait, je prends enfin le chemin de la plage. 3 petits km que j'avale rapidement avec le vélo dépourvu de sacoches. Je prends le petit chemin et... J'en ai le souffle coupé...

    Moron - Cayo Coco : 76 kmMoron - Cayo Coco : 76 km

     

     

     

     

     

     

    Je passe l'après-midi à ne faire absolument rien sur cette plage paradisiaque. Un bon moyen de recharger les batteries !

     


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  • Cayo Coco - Caibarien : 179 kmJ'ai découvert en prenant mon petit déjeuner qu'un autre cyclotouriste avait passé la nuit ici. C'est Frank, un allemand de 49 ans. Du coup nous partons ensemble ce matin pour retraverser le pont en sens inverse. Lorsque nous arrivons à Moron, nous prenons une averse inouïe, si bien que nous hésitons à en rester là. Finalement ça se calme, Frank part vers Ciego de Avila et moi je suis un gentil monsieur à travers Moron jusqu'à la route de Chambas. Les routes sont inondées, impossible de voir les trous. Mon escorte lui connaît la route et ses trous comme sa poche, 49 ans qu'il vit ici. Je quitte Moron et mon guide sous une nouvelle averse.

    Cayo Coco - Caibarien : 179 kmDans un village, ce n'est pas une douche mas un bain de boue que je prends à cause d'un camion qui me double et m'asperge. Non seulement je suis trempée mais en plus je suis toute dégueulasse. J'arrive à Chambas où une autre averse me surprend. Mais cette fois-ci j'ai le temps de me mettre à l'abri sous un porche. Une fenêtre est entre-ouverte, je jette un coup d'œil, c'est une fabrique de tabac ! J'en profite pour admirer ce travail de précision. Le responsable vient me voir et m'invite à entrer. Il m'explique et me montre les différentes étapes de la fabrication des cigares. Tous les travailleurs sont contents de me montrer ce qu'ils font. L'averse ayant cessé, je les remercie et m'apprête à repartir. Mais le responsable me rattrape et me donne un paquet pour partager avec mes amis en France. Je jette un œil... une dizaine de cigares ! Je le remercie chaleureusement, je suis touchée par cette attention.

    Je roule jusqu'à Yaguajay où je compte passer la nuit. Après 140 km sous la pluie, je rêve d'une bonne douche chaude. Je frappe à la porte de Dalia, qui m'accueille avec une grand sourire mais qui ne peut malheureusement pas m'héberger car sa casa est réservée aux Cubains. Elle est toute désolée de me laisser repartir en vélo, surtout que le prochain village est à... 40 km et qu'il me reste 2 h avant la nuit. Elle m'offre un café bien sucré pour me donner de l'énergie. Je repars en mode contre la montre et finalement je ferais ces 40 km en un temps record. Je trouve une maison mais le propriétaire ne fait pas le repas du soir. Tant pis, je trouverai bien un petit restaurant... Après avoir parcouru le village en long en large et en travers, oui, j'ai trouvé de quoi me sustenter. Une bonne plâtrée de pâtes et une boisson pour 1 CUC ! L'avantage dans les villages non touristique, c'est qu'on peut manger pour pas cher, l'inconvénient, c'est qu'il n'y a pas beaucoup de restaurants ! 


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  • Caibarien - Santa Clara : 73 kmJe prends le petit déjeuner au soleil et en terrasse ce matin avec Christian et Martine, un couple de Français qui fait le tour de l'île en voiture. Nous échangeons sur nos expériences cubaines et ils me donnent des tas de bons plans pour ma visite future de Trinidad. Nous prenons notre temps, c'est si bon de lézarder au soleil ! Eux partent pour le Cayo Santa Maria pour une journée à la plage et moi j'ai une étape courte pour aller jusqu'à Santa Clara. Je me rends en premier lieu à Remedios, à une dizaine de km de là.

    Caibarien - Santa Clara : 73 kmRemedios est une petite ville très charmante qui a gardé ses traditions et son âme cubaine. Les rues sont pavées et arpentées par des carrioles tirées par des chevaux. Il y a deux églises catholiques, celle de la paroisse del Carmen et celle de San Salvador. Je me plais à errer dans ces ruelles pour admirer le quotidien des remederos. Il se met à pleuvoir, je m'abrite sous le porche d'un café donnant sur la place principale. A côté de moi, un habitant de la cité attend lui aussi que l'averse se termine. Il me sourit et entame la conversation. Il me pose d'abord des questions sur mon voyage, puis à mon tour je le questionne sur sa ville. Il m'explique que la grande fierté de ce petit village sont Las Parrandas, un carnaval organisé au moment de Noël. Les deux paroisses catholiques s'affrontent dans la nuit du 24 Décembre avec des carrosses, des costumes, des feux d’artifice, des pétards, des lampions... Cette tradition remonterait au début du XIXe siècle, lorsque des habitants auraient voulu réveiller leurs voisins en musique afin de les contraindre à se rendre à la messe de minuit. L’année suivante, les voisins se vengèrent en relevant le défi, et c’est ainsi que depuis, chaque 24 décembre, les deux quartiers de la ville (El Carmen et El San Salvador) s'adonnent à une compétition pour l’honneur, car chacun des quartiers se proclame le vainqueur ! Cette fête traditionnelle a pris une grande ampleur car maintenant elle dure plus d'une semaine et attire les foules du monde entier. 

    Caibarien - Santa Clara : 73 kmNourrie de cette nouvelle histoire, je repars en direction de Santa Clara. Je me rends en premier lieu au mémorial du Che. Une statue a son effigie est érigée au-dessus du mémorial. Il n'est pas permis de prendre des photos à l'intérieur, aussi je n'aurais que les mots pour illustrer ce que j'ai pu voir. Lorsque l'on pénètre à l'intérieur du mémorial, on peut sentir que ce lieu est chargé d'émotions. 38 dalles apposées sur les murs rendent hommage aux compagnons révolutionnaires du Che tombés au combat à ses côtés. Au fond de cette petite pièce à la lumière tamisée, un décor de jungle tropicale entoure la stèle du Che, surmontée par une flamme éternelle.

    Caibarien - Santa Clara : 73 kmLe Che est Argentin, il est mort au combat en Bolivie, mais son corps a été rapatrié à Cuba et plus particulièrement à Santa Clara car c'est ici qu'il a mené l'un des combats les plus importants de la révolution cubaine. En effet, le 29 Décembre 1958, le Che a commandité l'attaque d'un train blindé rempli d'armes et de munitions. Cette prise a été décisive dans la victoire des révolutionnaires. Aujourd'hui, les restes du train blindé ont été transformé en musée relatant heure par heure les détails de l'attaque.

    Caibarien - Santa Clara : 73 kmJe prends ensuite la direction du centre ville pour trouver une casa où passer la nuit. Je frappe à la porte d'Obregon mais il est complet. Il appelle sa sœur qui loue également une chambre, et qui accepte de m'héberger. Sa casa se trouve de l'autre côté de la place centrale, alors Alejandro, son fils, vient me chercher en vélo. La casa s'appelle Los cactus en clin d'œil à la collection d'Alejandro, professeur de botanique. Maria, sa maman, m'accueille comme une princesse. Pendant que je prends ma douche elle me prépare un jus d'ananas et un plan pour explorer le centre ville. Le soir, le repas est un festin, Maria est une cuisinière hors pair.


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  • Santa Clara - Sancti Spiritus : 92 kmUne douce odeur de pancake me réveille ce matin... Des pancakes ??? Oui des pancakes au miel !! Quel régal ! Maria a pensé à tout pour me faire plaisir : jus de mangue, fruits frais, œufs brouillés, fromage, café... Et son sourire illumine la cuisine. C'est dur de partir ce matin. J'ai vraiment passé un super moment avec cette famille. Je prends tout de même la route, un peu plus tard qu'à l'accoutumé. Je sens très vite que ni les jambes ni la tête n'ont envie de couvrir une longue distance aujourd'hui. Je prends donc mon temps et me nourris des rencontres du bord de la route, comme Orlando, ce vendeur de guarapo, tout fier de me montrer sa presse à canne à sucre dans l'arrière boutique. Ou dame-pipi, cette femme incroyable qui a installé des toilettes dans son garage pour arrondir ses fins de moi. Les gens n'ont parfois pas grand chose matériellement parlant, mais ce qu'ils possèdent à l'intérieur vaut tout l'or du monde.

    J'entre dans Sancti Spiritus et je suis tout de suite séduite par cette ancienne ville coloniale. Comme à Remedios, les rues du centre sont pavées et l'ambiance est authentique. J'ai un vrai coup de cœur pour cette petite bourgade charmante et colorée.

    Santa Clara - Sancti Spiritus : 92 km

    Santa Clara - Sancti Spiritus : 92 kmSanta Clara - Sancti Spiritus : 92 km


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  • Les 15 premiers km ce matin ne sont pas vraiment intéressants mais les paysages que je traverse par la suite valent vraiment le détour : campagne paisible, champs cultivés et colorés, montagnes, le tout sous la lumière du matin, c'est splendide. C'est la vallée de los Ingenios, classée au patrimoine mondiale de l'UNESCO. Si aujourd'hui les cultures y sont variées, c'était auparavant le grenier à canne à sucre de Cuba.

    Sancti Spiritus - Trinidad : 98 km

    Sancti Spiritus - Trinidad : 98 kmSancti Spiritus - Trinidad : 98 km

    Sancti Spiritus - Trinidad : 98 km

    Sancti Spiritus - Trinidad : 98 kmSancti Spiritus - Trinidad : 98 km

    Au petit village de Manacas Iznaga, une tour permet d'avoir une vue imprenable sur toute la vallée. Elle servait autrefois de mirador pour surveiller les esclaves travaillant dans les champs de canne à sucre.

    Sancti Spiritus - Trinidad : 98 kmJ'arrive à Trinidad en milieu de journée, et je prends sans attendre la direction de la péninsule d'Ancon pour une après-midi farniente à la plage. Entre deux baignades je fais la connaissance de Federico, un explorateur Portugais. Nous discutons une bonne partie de l'après-midi puis nous nous donnons rendez-vous pour manger ensemble le soir. Comme nous n'avons ni internet ni téléphone, nous fixons un rendez-vous à l'ancienne, telle heure, tel endroit.

    Avant de retrouver Federico, je me promène dans Trinidad au coucher du soleil. C'est très joli mais l'hyper centre est truffé de touristes, alors on se voit proposer des restaurants, des souvenirs, des excursions tous les 3 mètres. C'est dommage, ça gâche le charme de la cité.

    Sancti Spiritus - Trinidad : 98 km

    Sancti Spiritus - Trinidad : 98 kmSancti Spiritus - Trinidad : 98 km

     Je rejoins ensuite Federico, au lieu et à l'heure convenus. Comme quoi on peut se passer de téléphone portable... Nous allons manger dans un restaurant un peu à l'écart de la zone touristique. Ensuite, nous allons boire un daiquiri, la boisson favorite d'Hemingway lorsqu'il venait chercher son inspiration à Cuba. Une grande première pour moi, c'est pas mal mais je préfère la pina colada !


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  • Le massif de l'Escambray : 50 kmJe vais passer une nuit supplémentaire à Trinidad pour avoir l'opportunité d'explorer le massif de l'Escambray en vélo mais sans les sacoches aujourd'hui. Cette chaine de montagne surplombe la ville et offre une vue imprenable sur la côte. C'est également un lieu où l'on peut trouver un peu de fraicheur quand les températures s'envolent au niveau de la mer. La végétation y est là encore luxuriante avec des bambous, des caféiers, des pins, des orchidées, des eucalyptus...

    Le massif de l'Escambray : 50 kmJe pars donc de bonne heure car dès les premières lueurs du jour il fait déjà chaud. J'entame la montée vers le parc national de Topes de Collantes. Je n'ai jamais vu des pentes aussi raides. La route est en très mauvais état et les dénivelés vraiment importants. Même sans les sacoches je peine à dépasser les 6 km/h et j'ai les cuisses qui chauffent. Je finis par arriver à Topes de Collantes après 25 km d'effort, mais ma déception est immense. Le parc naturel est réputé pour ses cascades, je rêvais d'un havre de paix au milieu de la forêt. Mais les agences locales en ont fait une exploitation touristique, l'accès à chaque cascade coûte 10 CUC et c'est un manège sans fin de bus plein à craquer.

    Le massif de l'Escambray : 50 kmDégoutée je repars en sens inverse. J'aurais au moins profité de la vue incroyable et j'aurais fait mon exercice quotidien. En redescendant, je dois me méfier de la pente importante qui m'entraine à vive allure, des virages serrés et des trous au milieu de la chaussée. J'ai mal aux mains à force de presser sur les freins. Je double un petit garçon sur son petit vélo. Il me rattrape et se tient à ma hauteur. Il me demande d'où je viens et ce que je fais ici à Cuba. Quand je lui dit que je fais le tour de l'île en vélo, il a des étoiles plein les yeux. Il adore le vélo, et je dois dire que vu l'environnement il a de quoi bien s'entrainer ! Nous arrivons à sa maison, sa maman m'invite à boire un jus d'ananas. Elle est toute fière quand je lui dis que son fils est un sacré cycliste. Elle aimerait pouvoir lui offrir plus tard l'opportunité de faire des études dans le sport mais c'est un peu compliqué à Cuba... Je lui souhaite de pouvoir réaliser ses rêves... Je discute un moment avec eux, finalement je préfère ça que les cascades pleines de touristes ! Je me lève pour repartir. Tout plein de gentillesse, le petit garçon me donne des oranges de son jardin pour que je mange en route. Quel adorable petit bonhomme !

    Arrivée à Trinidad, je rentre me doucher et je fais une petite sieste d'une heure. La montée m'a épuisée. Puis je pars errer dans les ruelles de la cité, en dehors du centre touristique. Ici je retrouve ce que j'aime à Cuba, les gens souriants qui discutent dans la rue, les bonnes odeurs de cuisine, le calme et la tranquillité.

    Le massif de l'Escambray : 50 km

    Le massif de l'Escambray : 50 kmLe massif de l'Escambray : 50 km

    J'achète une part de gâteau et du jus de fruit à une dame qui les vend à sa fenêtre. Un vrai délice. Comme quoi ça valait la peine de pédaler ce matin pour déguster de bonnes choses cet après-midi ! 

    Le massif de l'Escambray : 50 kmJe passe devant une école de salsa. J'ai toujours en tête d'apprendre à danser avant de quitter l'île. J'entre et je rencontre Marco, l'un des professeurs, qui me propose une heure de cours particulier. Musique battante, c'est parti pour une séance de petits pas et déhanchés. Autant pour les pieds j'intègre vite le rythme, autant pour les épaules je suis raide comme un robot, ce qui fait bien rire Marco. J'apprends les pas de base dans la bonne humeur, mission salsa accomplie !


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  • Trinidad - Cienfuegos : 80 kmCe matin Amaro et Railys me préparent un petit déjeuner bien énergétique pour me donner des forces. Ils appellent une amie à eux à Cienfuegos qui m'hébergera pour la nuit. Je quitte Trinidad sous un joli soleil. Les couleurs du matin sur la montagne sont superbes. La mer me tient compagnie une bonne partie de la route. Les voitures sont rares, c'est tellement agréable ! J'achète quelques bananes à une jeune fille sur le bord de la route, elles sont délicieuses. J'ai le vent de face sur la dernière portion de la route mais peu importe, je prends mon temps.

    Trinidad - Cienfuegos : 80 kmJ'arrive chez Natasha sur les coups de midi. Je pose mes affaires, prends une douche et pars en exploration. J'ai vite fait le tour, il n'y a pas grand chose à voir à Cienfuegos et les rues sont vides d'animation. Du coup je rentre et je profite d'un peu de temps libre pour planifier ma dernière semaine à Cuba. J'hésite encore sur l'itinéraire pour remonter à La Havane, je lis mon guide pour décider du programme. Je veux rouler le long de la baie des cochons, visiter le musée historique de la baie à Playa Giron et explorer les plages de la côte nord. Je trace un itinéraire sur la carte. Ca me laissera également quelques jours pour visiter la Havane.


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  • Cienfuegos - Guasasa : 85 kmJe suis réveillée ce matin par les vendeurs ambulants qui passent en vélo dans les rues pour vendre du pain, des gâteaux ou encore des fruits. "Pan de dulce, pan de dulce !" hurle l'un d'eux d'une voix tonitruante. Il ne fait pas encore jour, mais je me lève quand même car une longue journée m'attend. Je veux rouler jusqu'à Playa Giron, l'entrée de la baie des cochons. J'ai environ 110 km à parcourir dont la majeure partie sur un chemin sablonneux, le long de la côte. J'ai lu dans un livre datant du début des années 2000, "Cycling Cuba", que ce chemin était déconseillé aux cyclistes à cause du risque d'ensablement. Mais en cherchant sur internet, j'ai lu le blog d'un espagnol datant de 2012, qui écrivait que ce n'était pas si terrible. Je vais tenter ma chance.

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmJe quitte Cienfuegos sans difficulté et je me mets en quête du départ du chemin côtier qui, sur ma carte, part à travers champs à une dizaine de km de la côte. Ca, c'est la théorie. Mais en pratique, il y a des milliers de chemins qui partent à travers champs... Je n'ose pas demander aux locaux car je préfère éviter qu'ils sachent où je vais, seule, dans un endroit aussi isolé. Je change mes plans et décide de rouler jusqu'à la côte par la route et de rejoindre le chemin de là-bas. Ca doit bien communiquer. Arrivée à l'extrémité de la route, je vois en effet un chemin partir dans la bonne direction le long de la côte. Mon instinct a vu juste ! Je l'emprunte mais au bout de 500 mètres je tombe sur une base militaire. Je demande à tout hasard si je ne peux pas passer à travers mais les deux soldats de garde m'invitent gentiment à faire demi-tour. Je n'ai donc d'autre choix que de trouver le bon chemin à travers champs...

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmJe couvre de nouveau les 10 km à travers la campagne, et cherche quelqu'un en qui je puisse avoir confiance pour demander mon chemin. Dans l'idéal je cherche une vieille dame, mais il n'y a que des hommes qui travaillent dans les champs. Je passe devant une ferme, un homme en sort à vélo. Il a visage sympathique. Je le salue, il me salue en retour dans un grand sourire. C'est à lui que je vais demander ma route. Il m'invite à le suivre à vélo, le chemin me dit-il est à quelques centaines de mètres de là. Il me dit de faire attention aux épines et de ne pas quitter le chemin. Il me souhaite bon courage et me laisse partir.

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmJe refais les 10 km qui me séparent de la côte, sur le bon chemin cette fois-ci. C'est un peu sablonneux c'est vrai, mais rien de bien méchant. Je n'ai pas de pneus spéciaux, et à part 2 ou 3 glissades incontrôlées, cela ne me pose aucun inconvénient. Ce chemin est superbe, éloigné de tout. Seul le bruit des vagues m'accompagne. Le chemin longe la côte à travers une forêt d'épineux. Et c'est bien là le problème : les épines. Je crève une première fois de la roue arrière. Je change la chambre à air et je repars. Dix minutes après, je crève de la roue avant. Je change la chambre à air, c'est ma dernière de rechange. Après il faudra réparer avec les rustines, ce qui prend un peu plus de temps... Je vais crever 3 fois de plus, épuisant ma patience et mon stock de rustines.

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmJ'arrive dans le petit village de Guasasa, perdu au milieu de ce chemin infernal. J'ai encore crevé mais je n'ai plus de rustine pour réparer. Deux hommes sont assis devant la salle de télévision du village. Je leur demande si à tout hasard ils n'auraient pas des rustines. Ils m'envoient chez Noël et Minerva, qui eux pourront m'aider. Lorsque je frappe à la porte, Minerva m'ouvre avec un grand sourire. En effet son mari a de quoi m'aider mais il n'est pas là, et elle ne sait pas où sont rangées les rustines. Noël est en mer, il chasse au harpon. Elle me propose de l'attendre ici. Je n'ai de toute manière pas d'autre choix.  

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmEntre les erreurs de navigation ce matin et toutes les crevaisons, il est déjà 15h. Je n'ai presque pas manger de la journée, alors quand Minerva me propose un peu de pain et de poisson, je ne dis pas non. Elle me prépare une belle assiette avec le produit de la pêche d'hier. Puis elle m'emmène à travers le village pour me montrer la préparation des coquillages. Les habitants de Guasasa pêchent beaucoup pour leurs propres besoins mais également pour vendre poissons et coquillages à Playa Giron et ainsi acheter viandes, fruits et légumes à la ville. Je découvre un tout autre monde en arpentant l'unique chemin qui traverse les quelques maisons du village. 

    Noël, surnommé el Chino à cause de ses yeux en amande, rentre de la pêche peu avant la tombée de la nuit avec des langoustes, des siguas, un poulpe et quelques poissons. Il est trop tard pour repartir maintenant alors Minerva me propose de dormir chez eux, dans la chambre de leur fille qui n'est pas là la semaine, elle est en internat à Playa Giron. Une fois mes affaires installées, nous allons voir le retour de la pêche d'autres habitants du village sur le petit port.

    Cienfuegos - Guasasa : 85 km

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmCienfuegos - Guasasa : 85 km

    Cienfuegos - Guasasa : 85 km

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmCienfuegos - Guasasa : 85 km

    Puis el Chino m'aide à réparer le vélo pendant que Minerva prépare le diner. Ces gens sont incroyables. Ils n'ont pas grands choses mais le peu qu'ils ont, ils le partagent avec moi.

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmUne fois la chambre à air réparée, nous passons à table. Au menu ce soir, langouste et siguas ! Je suis aux anges. Nous discutons beaucoup, ils sont contents d'avoir une hôte du bout du monde. Ils me parlent de leur vie ici. Il n'y a ni électricité ni eau courante dans le village, un générateur commun fournit de l'énergie de 18h à minuit. Pour l'eau, il y a une source d'eau douce dans la forêt et un puits dans le jardin. Minerva travaille comme animatrice culturelle à l'école du village. L'école compte 8 écoliers, 2 maîtresses et une animatrice culturelle donc. Noël quant à lui est gardien de nuit à l'école... Gardien de nuit... je me demande vraiment pourquoi...

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmJe passe une soirée extraordinaire avec mes hôtes. Après le repas nous allons rejoindre d'autres habitants pour discuter. J'aime cette ambiance de convivialité et d'entraide qui règne ici. Evidemment mon arrivée dans le village n'est pas passée inaperçue et je suis au centre des discussions de la soirée. Chacun me pose des milliers de questions. C'est incroyable. Ils veulent me montrer la vie du village, ils m'invitent pour une partie de pêche, ou encore une partie de dominos. Je vis un moment hors du temps. Une fois de plus aujourd'hui, j'ai eu quelques petits tracas, d'orientation d'abord puis des ennuis mécaniques avec toutes ces crevaisons ensuite, mais ce que j'ai trouvé ici m'a très vite redonné le sourire. Si je n'avais pas eu de problème j'aurais traversé le village sans même m'arrêter. Et j'aurais raté ces moments insolites. Je ne sais pas si le hasard existe, mais si c'est le cas, il fait vraiment bien les choses...


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  • Journée off à GuasasaHier soir avant de me coucher Minerva et Noël m'ont proposé de rester une journée de plus avec eux. Je ne suis pas pressée, j'aime cet endroit, ces gens... Alors j'ai accepté. Avec Noël, nous allons chercher le pain à la communauté pour le petit déjeuner pendant que Minerva prépare le café. Puis nous partons tous les 3 sur la mobylette à 3 roues de Noël pour une petite promenade en forêt pendant laquelle Minerva me donne un cours de botanique des plantes endémiques.

    Journée off à GuasasaPuis nous rentrons au village. Ici, tout est calme, serein, hors du temps. Guasasa est presque coupé du monde, seul un bus passant 2 fois par jour le relie à Playa Giron, à 5h30 le matin et 20h le soir. Il y a un petit magasin dans le village pour l'essentiel : le riz, le café, les œufs, le savon et... le rhum ! Il y a également une salle de télévision commune qui fonctionne au heures d'allumage du générateur. L'activité principale est la pêche, mais également persiste ici une activité d'antan, la fabrique du charbon de bois.

    Journée off à GuasasaNous allons ensuite jouer aux dominos. Minerva me prend pour coéquipière. En attendant notre tour, j'essaie de me souvenir des règles, ça doit faire au moins 20 ans que je n'y ai pas joué ! Je regarde les autres joueurs claquer leurs dominos sur la table, ça joue vraiment sérieux... C'est notre tour. J'avertis nos adversaires que je suis débutante, mais je crois que j'aurais pu m'abstenir de cette petite précision, je fais perdre mon équipe en moins de 2 minutes dans un fou rire général. Il y a des subtilités que je n'ai pas du saisir... Du coup je vais rejoindre les enfants sur la plage pour faire des châteaux de sable, ça c'est dans mes cordes !

    Journée off à GuasasaEn fin d'après-midi, Noël me propose de chausser palmes, masque et tuba pour observer les poissons. Nous partons donc tous les deux, il me montre également les coquillages que nous avons mangé hier soir et ceux qui nous attendent pour le diner. Nous rentrons retrouver Minerva qui est en train de préparer un poulpe et des escargots de mer. Nous mangeons puis nous allons voir un match de baseball à la salle télé. C'est Pinar del Rio contre une équipe de La Havane. Le baseball est très populaire à Cuba.

    Journée off à GuasasaAprès la victoire de La Havane, nous revenons à la maison. C'est l'heure pour moi de dire au revoir à Noël car il prend le bus de 5h30 demain matin pour Playa Giron, puis il se rendra ensuite à Jaguey Grande. C'est aussi m destination pour demain, alors je lui dis de me faire un petit coucou sur la route quand il me croisera. Les adieux sont émouvants. Les yeux au bord des larmes, Noël me remercie de ma visite, d'être resté avec eux et d'avoir partagé un moment de leur vie. Je n'oublierai jamais ce que j'ai vécu ici, et c'est le cœur gros que je pars me coucher.

     


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  • Guasasa - Jaguey : 95 kmC'est le cri du cochon qui me tire du lit ce matin. Minerva et Noël le font grossir jusqu'au Nouvel An, ils le tueront pour célébrer le passage en 2015. Ils ont également quelques poules et un chien. Je rejoins Minerva dans la cuisine qui m'y attend avec un grand sourire, du café, du chocolat chaud, un sandwich à la viande de porc (le cochon de l'année dernière?) et du jus de goyave. Après ce petit déjeuner, il est tant pour moi de reprendre la route. Minerva pleure à chaudes larmes et j'ai du mal à contenir les miennes. J'ai vécu une expérience incroyable ici à Guasasa avec ces gens si charmants. Je pars, les jambes légères mais le cœur lourd.

    Guasasa - Jaguey : 95 kmLe chemin est en meilleur état de ce côté, je n'aurais pas de crevaison à déclarer. J'arrive à Playa Giron, toujours plongée dans mes pensées. Playa Giron marque l'entrée de la baie des cochons. Avant d'aborder le côté historique du lieu, je profite de la superbe plage qui donne sur la mer des Caraïbes. Cocotiers, sable blanc, eau turquoise... Magnifique ! Je fais une petite pause fruits dans ce décors de carte postale.

    Guasasa - Jaguey : 95 kmPuis je me rends au musée de Playa Giron qui relate les évènements du débarquement de la baie des cochons. A la suite de la victoire de la révolution cubaine et de la prise de pouvoir par Fidel Castro en 1959, Cuba mène une politique économique défavorable aux intérêts américains. Entrainés aux Etats-Unis par la CIA afin de renverser le pouvoir castrique, environ 1 400 exilés cubains débarquent à la baie des cochons. Cette opération est un échec complet et une humiliation internationale pour les Etats-Unis.

    Guasasa - Jaguey : 95 kmAprès cette visite, je remonte le long de la baie des cochons. Je roule entre ce bras de mer et une zone marécageuse. Tout le long de la route entre Paya Giron et Jaguey Grande, des monuments sont érigés en mémoire aux hommes tombés ici au combat. Le soleil tape fort cet après-midi mais une petite bise me rafraichit. Je traverse Playa Larga, le petit village à l'autre extrémité de la baie, puis je continue ma route en direction de Jaguey Grande. Je guette les voitures que je croise dans l'espoir de voir Noël mais rien. J'ai du le raté lors d'un arrêt.

    Guasasa - Jaguey : 95 kmJ'arrive à Jaguey Grande en fin d'après-midi. Je rentre dans la ville et j'entends quelqu'un crier mon nom. Je m'arrête, un monsieur s'avance vers moi. Je ne le connais pas, mais lui apparemment me connaît... Etrange... Il me dit qu'il a une casa particular, que Noël est venu le voir ce matin pour lui parler de son amie française qui allait arriver ce soir et qui avait besoin d'un endroit pour passer la nuit. Enorme ! Je suis donc mon nouvel hôte jusqu'à sa demeure. Sa femme et lui me réserve un accueil de princesse, Noël ayant donné l'ordre de bien prendre soin de moi. C'est complètement improbable comme situation, quelle gentille encore à mon égard !


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  • Jaguey Grande - Varadero : 86 kmJe quitte Jaguey Grande ce matin en direction de Varadero. Varadero est à Cuba ce que Cancun est au Mexique, une station balnéaire construite de toute pièce pour accueillir le tourisme de masse dans des hôtels aux formules tout inclus. Tout ce que je déteste à priori, mais je suis curieuse de voir cette presque-île et ses 20 km de plage de sable blanc. J'explore la péninsule en vélo : des hôtels, des marchés d'artisanats, des bars et des restaurants. Et des touristes, beaucoup de touristes. Je me sens bien loin de l'authenticité cubaine.

    Jaguey Grande - Varadero : 86 kmJe me pose sur la plage pour observer la seule chose qui trouvera ici un intérêt à mes yeux, la partie de pêche des pélicans. Ils volent au ras des vagues, prennent de la hauteur pour repérer les poissons, et dans un geste précis plongent pour attraper leur proie. Fascinant. Le soir je trouve un petit restaurant et une délicieuse Pina Colada. Varadero n'aura pas trouvé grâce à mes yeux, mais il en faut pour tous les goûts !


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  • Varadero - La Havane : 146 kmPour rejoindre La Havane depuis Varadero, j'emprunte la route qui longe la côte nord de l'ile. Des falaises laissent placent ici et là à des plages de sable blanc. Je peine un peu dans les montées à cause d'une douleur dans le genou gauche qui s'est réveillée il y a deux jours. Il est tant de mettre l'organisme au repos ! Je savoure cette dernière journée de vélo, m'arrêtant ici et là pour admirer un paysage, profiter d'une ambiance rurale, déguster un dernier refresco...

    Varadero - La Havane : 146 kmA Jibacoa je rencontre Alberto avec qui je fais un petit bout de chemin. Il est guide touristique et passionné de vélo. Il me fait une vraie visite guidée de la côte. Il me montre des raccourcis pour éviter de grimper les collines et me pousse quand ça monte un peu. Comme c'est mon dernier jour de voyage à vélo, il me dit que nous devons célébrer ça. Il m'invite dans un petit bar de bord de route à boire une Pina Colada... sans alcool ;-). Puis nos chemin se sépare, il me souhaite bonne chance pour la fin et me conseille de faire attention au trafic en arrivant à La Havane.

    Un peu plus loin je croise 4 cyclotouristes, 2 Tchèques et 2 Slovaques. Nous nous arrêtons pour discuter un peu. C'est leur premier jour de voyage, alors je leur fait pars de mon expérience et réponds à leurs nombreuses questions sur que voir - que faire - par où passer - où dormir. Pour me remercier, ils tiennent à ce qu'on partage le pot de l'amitié. Alors comme ça, sur le bord de la route, ils sortent un bol et une bouteille de rhum et nous partageons le breuvage. Ca remonte ! Je remonte en selle, je suis à 20 km de La Havane... Enfin j'aperçois le port ! Le trafic est moins important que je l'imaginais, je me faufile facilement jusqu'au malecon. Ca y est j'ai fini la boucle !

    Varadero - La Havane : 146 km

    2470 km et des souvenirs pleins la tête...


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