• Cienfuegos - Guasasa : 85 km

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmJe suis réveillée ce matin par les vendeurs ambulants qui passent en vélo dans les rues pour vendre du pain, des gâteaux ou encore des fruits. "Pan de dulce, pan de dulce !" hurle l'un d'eux d'une voix tonitruante. Il ne fait pas encore jour, mais je me lève quand même car une longue journée m'attend. Je veux rouler jusqu'à Playa Giron, l'entrée de la baie des cochons. J'ai environ 110 km à parcourir dont la majeure partie sur un chemin sablonneux, le long de la côte. J'ai lu dans un livre datant du début des années 2000, "Cycling Cuba", que ce chemin était déconseillé aux cyclistes à cause du risque d'ensablement. Mais en cherchant sur internet, j'ai lu le blog d'un espagnol datant de 2012, qui écrivait que ce n'était pas si terrible. Je vais tenter ma chance.

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmJe quitte Cienfuegos sans difficulté et je me mets en quête du départ du chemin côtier qui, sur ma carte, part à travers champs à une dizaine de km de la côte. Ca, c'est la théorie. Mais en pratique, il y a des milliers de chemins qui partent à travers champs... Je n'ose pas demander aux locaux car je préfère éviter qu'ils sachent où je vais, seule, dans un endroit aussi isolé. Je change mes plans et décide de rouler jusqu'à la côte par la route et de rejoindre le chemin de là-bas. Ca doit bien communiquer. Arrivée à l'extrémité de la route, je vois en effet un chemin partir dans la bonne direction le long de la côte. Mon instinct a vu juste ! Je l'emprunte mais au bout de 500 mètres je tombe sur une base militaire. Je demande à tout hasard si je ne peux pas passer à travers mais les deux soldats de garde m'invitent gentiment à faire demi-tour. Je n'ai donc d'autre choix que de trouver le bon chemin à travers champs...

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmJe couvre de nouveau les 10 km à travers la campagne, et cherche quelqu'un en qui je puisse avoir confiance pour demander mon chemin. Dans l'idéal je cherche une vieille dame, mais il n'y a que des hommes qui travaillent dans les champs. Je passe devant une ferme, un homme en sort à vélo. Il a visage sympathique. Je le salue, il me salue en retour dans un grand sourire. C'est à lui que je vais demander ma route. Il m'invite à le suivre à vélo, le chemin me dit-il est à quelques centaines de mètres de là. Il me dit de faire attention aux épines et de ne pas quitter le chemin. Il me souhaite bon courage et me laisse partir.

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmJe refais les 10 km qui me séparent de la côte, sur le bon chemin cette fois-ci. C'est un peu sablonneux c'est vrai, mais rien de bien méchant. Je n'ai pas de pneus spéciaux, et à part 2 ou 3 glissades incontrôlées, cela ne me pose aucun inconvénient. Ce chemin est superbe, éloigné de tout. Seul le bruit des vagues m'accompagne. Le chemin longe la côte à travers une forêt d'épineux. Et c'est bien là le problème : les épines. Je crève une première fois de la roue arrière. Je change la chambre à air et je repars. Dix minutes après, je crève de la roue avant. Je change la chambre à air, c'est ma dernière de rechange. Après il faudra réparer avec les rustines, ce qui prend un peu plus de temps... Je vais crever 3 fois de plus, épuisant ma patience et mon stock de rustines.

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmJ'arrive dans le petit village de Guasasa, perdu au milieu de ce chemin infernal. J'ai encore crevé mais je n'ai plus de rustine pour réparer. Deux hommes sont assis devant la salle de télévision du village. Je leur demande si à tout hasard ils n'auraient pas des rustines. Ils m'envoient chez Noël et Minerva, qui eux pourront m'aider. Lorsque je frappe à la porte, Minerva m'ouvre avec un grand sourire. En effet son mari a de quoi m'aider mais il n'est pas là, et elle ne sait pas où sont rangées les rustines. Noël est en mer, il chasse au harpon. Elle me propose de l'attendre ici. Je n'ai de toute manière pas d'autre choix.  

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmEntre les erreurs de navigation ce matin et toutes les crevaisons, il est déjà 15h. Je n'ai presque pas manger de la journée, alors quand Minerva me propose un peu de pain et de poisson, je ne dis pas non. Elle me prépare une belle assiette avec le produit de la pêche d'hier. Puis elle m'emmène à travers le village pour me montrer la préparation des coquillages. Les habitants de Guasasa pêchent beaucoup pour leurs propres besoins mais également pour vendre poissons et coquillages à Playa Giron et ainsi acheter viandes, fruits et légumes à la ville. Je découvre un tout autre monde en arpentant l'unique chemin qui traverse les quelques maisons du village. 

    Noël, surnommé el Chino à cause de ses yeux en amande, rentre de la pêche peu avant la tombée de la nuit avec des langoustes, des siguas, un poulpe et quelques poissons. Il est trop tard pour repartir maintenant alors Minerva me propose de dormir chez eux, dans la chambre de leur fille qui n'est pas là la semaine, elle est en internat à Playa Giron. Une fois mes affaires installées, nous allons voir le retour de la pêche d'autres habitants du village sur le petit port.

    Cienfuegos - Guasasa : 85 km

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    Cienfuegos - Guasasa : 85 km

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmCienfuegos - Guasasa : 85 km

    Puis el Chino m'aide à réparer le vélo pendant que Minerva prépare le diner. Ces gens sont incroyables. Ils n'ont pas grands choses mais le peu qu'ils ont, ils le partagent avec moi.

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmUne fois la chambre à air réparée, nous passons à table. Au menu ce soir, langouste et siguas ! Je suis aux anges. Nous discutons beaucoup, ils sont contents d'avoir une hôte du bout du monde. Ils me parlent de leur vie ici. Il n'y a ni électricité ni eau courante dans le village, un générateur commun fournit de l'énergie de 18h à minuit. Pour l'eau, il y a une source d'eau douce dans la forêt et un puits dans le jardin. Minerva travaille comme animatrice culturelle à l'école du village. L'école compte 8 écoliers, 2 maîtresses et une animatrice culturelle donc. Noël quant à lui est gardien de nuit à l'école... Gardien de nuit... je me demande vraiment pourquoi...

    Cienfuegos - Guasasa : 85 kmJe passe une soirée extraordinaire avec mes hôtes. Après le repas nous allons rejoindre d'autres habitants pour discuter. J'aime cette ambiance de convivialité et d'entraide qui règne ici. Evidemment mon arrivée dans le village n'est pas passée inaperçue et je suis au centre des discussions de la soirée. Chacun me pose des milliers de questions. C'est incroyable. Ils veulent me montrer la vie du village, ils m'invitent pour une partie de pêche, ou encore une partie de dominos. Je vis un moment hors du temps. Une fois de plus aujourd'hui, j'ai eu quelques petits tracas, d'orientation d'abord puis des ennuis mécaniques avec toutes ces crevaisons ensuite, mais ce que j'ai trouvé ici m'a très vite redonné le sourire. Si je n'avais pas eu de problème j'aurais traversé le village sans même m'arrêter. Et j'aurais raté ces moments insolites. Je ne sais pas si le hasard existe, mais si c'est le cas, il fait vraiment bien les choses...


  • Commentaires

    1
    jp le mécano
    Mercredi 31 Décembre 2014 à 23:31

    pas de regrets de vite lire ce récit tu es extraordinaire  dans ta façon de nous faire partager tes peines et tes joies .

    2
    jp le mécano
    Mercredi 31 Décembre 2014 à 23:34

    Tu arrive aussi à nous faire un peu peur .

    3
    Pizzo
    Jeudi 1er Janvier 2015 à 11:42

    Tu nous emmènes en voyage...

    4
    le 20 bollee
    Jeudi 1er Janvier 2015 à 14:02
    Effectivement comme le disent JP ET PIZZO tu nous transportes littéralement sous d autres contrées. Je pense que tu nous fais rêver et dans des moments difficiles, ce n est que du bonheur.
    Biz a toi
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